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J'ai voulu aider mon mari à mourir. Avec le suicide assisté, il serait parti paisiblement

La France a laissé mon mari agoniser. C'est la Suisse qui l'a aidé à mourir

Selon un sondage de l'ADMD, 96% des Français sont favorables à la légalisation de l'euthanasie

Mon mari Franck Bouvier est décédé le 20 juin 2014 à Berne, en Suisse, des suites d'une sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Charcot. Il avait eu 44 ans le 9 mai et savait que c'était son dernier anniversaire.

Depuis trois ans, il souffrait de troubles de la connaissance et cela faisait un an que les problèmes de motricité étaient apparus : chutes, une jambe incontrôlable puis la deuxième, et c'est en décembre que le haut du corps et les bras ont commencé à se paralyser.

J'ai dû insister pour que mon mari soit hospitalisé

De septembre 2013 à février, il passe un scanner cérébral, deux IRM, deux électro-encéphalogrammes (EEG), dont un jugé "atypique" et "d'ordre émotionnel" par une neurologue au mois de novembre.

Pendant ce temps, l'état de mon mari évolue : il marche en se traînant avec un déambulateur, n'est plus autonome pour se lever, ne peut plus descendre une marche ni sortir de chez nous.

En février 2014, des grosseurs apparaissent (je saurai plus tard qu'il s'agit des fasciculations de la SLA). Cependant, rien n'est anormal dans l'interprétation des différents examens passés.

Je dois insister auprès de la neurologue, par l'intermédiaire du médecin traitant, pour que mon mari soit hospitalisé, car il se paralyse de plus en plus et des douleurs terribles sont apparues dans les membres.

Son état est toujours jugé comme "atypique" et "psychologique", par conséquent aucune aide ne nous est apportée pour les déplacements !

Le verdit tombe : mon mari a la maladie de Charcot

En mars, il est hospitalisé, et le 21, le deuxième électromyogramme est réalisé. Le résultat me sera donné au téléphone par la neurologue le 28 mars, après que j'aie encore insisté pour savoir la pathologie de mon mari. C'est une "neuropathie axonale motrice". Je n'y connais rien et cherche sur internet, rien d'alarmant n'apparaît.

Le 25 mars, les crises d'étouffements me font appeler le 15 et le médecin pense qu'il s'agit de stress. J'insiste pour qu'il soit vu à l'hôpital où il a subi les examens. Ils me rappellent 2 heures après pour que je rhabille mon mari car ils ne gèrent pas les problèmes d'ordre neurologiques !

J'obtiens deux nouvelles hospitalisations, en avril et en mai. L’état de santé de mon mari empire de jour en jour.

Entre temps, j'ai obtenu le bilan hospitalier du mois d'avril ainsi que l'électromyogramme du 21 mars (les documents étaient accessibles par la carte vitale avec le code personnel). C’est à ce moment que je découvre enfin la vérité. Je lis la conclusion et cherche le vocabulaire sur internet : il est fait mention d’une "sclérose latérale amyotrophique", appelée "SLA" ou maladie de Charcot.

Je cherche pendant des heures des éléments sur cette maladie, c'est l'horreur absolue : c'est une maladie dégénérative sans issue, l’agonie est longue et terrible, pour finir complètement paralysé et mourir étouffé !

Il m'a demandé de l'achever, il ne voulait pas mourir étouffé

J'appelle l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) et explique la situation.

J'adhère et reçois les adresses suisses. Je me renseigne et je comprends que, face à la maladie de mon mari, seule la Suisse peut nous aider.

Mon mari rentre de l'hôpital, il me demande ce que j'ai trouvé : je lui dis qu'il est atteint de la maladie de Charcot. Il me dit de l'achever qu'il ne veut pas terminer en agonisant étouffé. Je lui dis que j'ai obtenu des informations pour la Suisse. Il me presse, il a peur de ne plus pouvoir respirer, il me dit qu'il est prêt.

Alors je téléphone à l'une des trois associations suisses et je tombe sur la présidente d'Ex International à Berne. Elle comprend immédiatement la gravité de la situation, elle s'entretient avec mon mari.

Rapidement, il me faut réunir les documents nécessaires. Le dossier médical est envoyé et accepté sans aucun problème, la SLA étant une maladie sans aucun espoir médical.

Le 5 juin, nous connaissons la date de mort assistée : le 20 juin. Mon mari a peur de ne pouvoir tenir jusque-là ; il souffre de plus en plus et s'étouffe en permanence.

L'enfer est ce qu'a vécu mon mari : des douleurs physiques et morales, l'échéance de sa mort, me quitter pour toujours…

Je lui tenais la main quand il a bu le produit

Le 20 juin est arrivé. À 4h45, nos amis sont venus nous accompagner jusqu'au seuil de son dernier voyage.

Il a été exemplaire de courage et de détermination, à aucun moment il ne s'est plaint. Il a refusé la morphine pour rester le plus conscient possible.
Nous sommes arrivés au bout des 850 kms !

À 15h, tout était prêt pour mon mari : le médecin s'est entretenu avec lui, puis est sorti et m'a remerciée de lui épargner tant de souffrances.

Alors ce fut mon tour, je l'ai accompagné jusqu'au bout lui répétant de ne pas s'inquiéter. Il avait peur de souffrir encore après la mort, il s'inquiétait pour moi.

Je lui répétais qu'il n'y avait rien après la mort, plus de douleur, plus de souffrance, je lui ai promis de faire des efforts pour être digne de lui, je lui ai dit encore qu'il m'avait apporté le meilleur que l'on puisse avoir sur terre : un amour total, absolu.

Il a bu le produit, je lui tenais la main en continuant à lui parler puis, au bout d'une minute, ses yeux se sont fermés.

Pas de souffrance, le visage détendu, et les organes se sont arrêtés.

Il était robuste, jeune, le corps était sain.

Le corps a été rapatrié le 25 juin au matin, je n'ai pas pu le veiller ni choisir son cercueil, le principal était qu'il ne souffre plus.

Le 27 juin à 14h, mon mari a été enterré à l'emplacement qu'il avait choisi ; je lui ai fait une cérémonie civile comme nous l'avions convenue. J'avais disposé un tableau représentant la maison de son enfance, ainsi que des photos de moments symboliques de notre vie.

Quand mettrons-nous fin au maintien de l'agonie des malades ?

J'espère, qu'en France, la volonté des gens médicalement perdus sera enfin respectée !

Ici, on généralise et impose l'agonie de malades. Proposer un suivi psychologique à une personne condamnée à agoniser étouffée, n'est-ce pas une aberration ?

On nous parle du déficit de la Sécurité sociale, mais que fait-on de tout l'argent dépensé dans des protocoles inutiles pour le maintient de l'agonie des malades ?

Dès que j'ai appris que mon mari était perdu, je savais que je n'obtiendrais aucune réponse des médecins français. Il me suppliait de faire quelque chose et je me sentais lâche et honteuse d'assister à son enfer quotidien.

Plus que les sanctions pénales, je craignais mon incapacité à savoir comment arrêter ses souffrances rapidement et efficacement.

Au pays des droits de l'Homme, un animal médicalement perdu est humainement soulagé, l’être humain doit agoniser jusqu'au bout et au nom de quoi ?

Il est grand temps que les malades puissent décider de leur sort. Leur vie leur appartient et nul n'a le droit d'en penser autrement !

http://m.leplus.nouvelobs.com/contribution/1213573-j-ai-voulu-aider-mon-mari-a-mourir-avec-le-suicide-assiste-il-serait-parti-paisiblement.html#http://m.leplus.nouvelobs.com/contribution/1267322-euthanasie-la-france-a-laisse-mon-mari-agoniser-c-est-la-suisse-qui-l-a-aide-a-mourir.html



Lien vers la pétition de Nathalie Debernardi en faveur d'une loi autorisant le suicide assisté en France, à retrouver ici

Pour une loi sur le suicide assisté en France en 2014

https://www.change.org/p/pour-une-loi-sur-le-suicide-assisté-en-france-en-2014-findevie

Euthanasie : la France a laissé mon mari agoniser.
Tag(s) : #La France a laissé mon mari agoniser. C'est la Suisse qui l'a aidé à mourir

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