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Elle lutte pour mourir dignement

Une Bâloise de 81ans a déposé une plainte au Tribunal européen des droits de l’homme pour obliger la Suisse à lui fournir le moyen de mettre fin à ses jours sans douleur.

 

Le pentorbarbital sodique est le type de barbiturique que prescrit Exit dans les cas de suicides assistés.
 

Avant, Ana – qui tient absolument à garder l’anonymat – s’était déjà adressée à la justice suisse: les tribunaux zurichois puis le Tribunal fédéral. Ce qu’elle voulait? Que le médecin qui accéderait à ses vœux soit libéré de toute accusation de «violation des devoirs de diligence médicaux». Une exigence qui, selon elle, ne devrait pas poser de problèmes moraux quand la dose létale est prescrite à «une personne capable de discernement et ne souffrant pas de maladie psychique ou somatique», ce qui est son cas. Ana a aussi soutenu que «l’Etat devait créer les conditions nécessaires pour qu’elle puisse exercer son droit de mourir de manière concrète et digne». Mais ces institutions ont rejeté sa demande, comme l’explique son avocat saint-gallois, Frank Th. Letterman.Ana*, une Bâloise de 81ans, veut mourir: elle ne désire pas connaître les affres d’une plus grande vieillesse. Aucun médecin n’a accepté de lui prescrire une dose de pentobarbital sodique, la drogue qui permet de mettre fin à sa vie sans souffrir. Une situation qui empêche Exit – l’association qui aide les personnes désirant mettre volontairement fin à leurs jours – à exaucer son souhait. La vieille dame, sans famille ni enfants, a donc décidé de déposer une plainte au Tribunal européen des droits de l’homme, les lois suisses l’empêchant de disposer librement de sa vie.

Les arguments des juges qui ont rejeté la requête de la retraitée? Assez simples: l’Etat n’a aucune obligation de garantir «aux individus un accès à une substance particulièrement dangereuse pour qu’ils puissent mourir sans douleur et sans risque d’échec». Et en aucun cas, quand il n’y a ni maladie fatale ni handicap. De plus, l’exigence d’une ordonnance médicale s’avère évidente quand il s’agit de protéger une personne contre une décision précipitée ou des abus.

«Pas de balle dans la tête»

«Ma cliente est en effet en bonne santé physique et psychique, concède son avocat. Une expertise psychiatrique a constaté sa capacité de discernement. C’est une femme intelligente qui a travaillé dans une grande entreprise. Elle a eu une vie sociale épanouie. Toutefois, elle n’a pas de famille et n’a jamais eu d’enfants. Elle estime qu’elle a bien vécu mais qu’il est temps de partir. Mais elle veut s’en aller en évitant toutes expériences pénibles. Et il n’est pas question pour elle de se tirer une balle dans la tête, de se jeter d’un pont ou sous un train pour mourir. Ces actes ne mènent pas à une mort certaine et peuvent infliger des peines terribles.»

Le cas d’Ana n’est pas unique en Suisse. «Les médecins refusent presque toujours de prescrire du pentobarbital sodique à des personnes ne souffrant d’aucune maladie ou de handicaps physiques», précise Mélanie Kuhn d’Exit, qui a dû faire face à de pareilles demandes.

Qu’en dira le Tribunal de Strasbourg? Il a déjà exprimé plusieurs fois ses réserves face aux suicides assistés. «Les juges européens ont très clairement refusé en janvier 2011 de statuer en faveur de la demande d’un autre citoyen suisse, Ernst G. Haas, qui avait avancé sa bipolarité pour obtenir du pentobarbital sodique. Et je ne crois pas que cette affaire va les faire changer d’avis», analyse Me Gregory Tuant, un avocat français des droits humains
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Elle lutte pour mourir dignement et porte plainte
Tag(s) : #Fin de Vie

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