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       Afrique: quand Vieillesse rime avec Sagesse

En Afrique, le vieux est celui que l’on respecte. Il est l’ancêtre que l’on écoute. La parole que l’on boit aveuglement. L’expérience que l’on a pas encore. Le conseiller. Le sage. En Afrique, les vieux, à bien des égards, sont beaux. Ils flamboient dans leurs boubous colorés. Epanouis, souriants. Entourés de mille enfants et petits-enfants. Il règne sur la famille. Ils ne cachent pas leurs rides, ni leurs cheveux blancs. «En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle.» Amadou Hampaté Bâ ne savait si bien dire. Car, le vieux c’est la parole qui se perpétue. L’histoire de la famille qui se transmet de génération en génération avec fierté. Il représente la mémoire. Il incarne le respect. Un proverbe sénégalais dit d’ailleurs qu’un vieux a toujours sa place dans la famille, la société : «Mak matt na bayi ci rew».

En France, le vieux n’est pas respecté pour ce devoir de mémoire. Les petits-enfants sont souvent peu intéressés par les histoires de «Papy» : la guerre mondiale, la résistance… On le trouve radoteur et moralisateur.

                              

Une Indifférence Criminelle

En France un vieux, c’est souvent encombrant. Quand ça devient sénile et quand en plus il est atteint par la maladie d’«alzheimer» (maladie provoquant une perte de la mémoire irréversible), alors là, c’est la catastrophe.

Qu’est-ce que l’on va en faire ? On n’a pas le temps de s’en occuper. Combien de temps va-t-il réussir à vivre seul dans sa grande maison ? Il ne peut plus cuisiner, il commence à pisser dans son lit. On lui paye une gouvernante qui fait le ménage trois fois par semaine, mais s’il tombe par terre, personne pour le ramasser. Le plus simple, plutôt que de l’accueillir à la maison (de toutes les façons, il n’y a personne car tout le monde travaille), il reste la maison de retraite. C’est très onéreux. Alors, par défaut, on l’envoie dans la vieille maison de repos du coin afin qu’il croupisse avec ses copains d’enfance. Il sera maltraité par des infirmières peu consciencieuses et excédées par leurs caprices. Marre de leur torcher le…et de les entendre radoter. Marre de répéter milles fois «non Monsieur Dupont je ne suis pas votre fille…», sachant que sa fille est loin d’ici, qu’elle n’est pas prête de revenir, ou si, peut-être à Noël ou pour son anniversaire.

Le vieux, lui, ne rêve que de revoir ses enfants. Il ne survit que grâce à ses souvenirs, la photo jaunie de sa femme décédée avant lui, celle de son fils en culotte courte. Il aurait aimé mourir dans sa maison. Entouré de toute sa vie, de ses souvenirs et objets, de chaque recoin qui lui rappelle qu’il a vécu. Mais il crèvera seul, dans cette maison de retraite, ou à l’hôpital, oublié de tous… rêvant de revoir une dernière fois un regard familier avant de fermer les yeux. Mais c’est le regard d’une infirmière inconnue qui sera son dernier contact avec le monde des vivants. Entouré par d’autres vieux aussi délaissés que lui.

Pourquoi lutter pour survivre dans ce genre de lieu ? Finir sa vie devant un poste de TV, un plateau-repas insipide sans sel ni sucre (c’est pas bon pour votre diabète Monsieur Dupont). Qu’est ce qu’on en a à f…du diabète… à quoi ça sert de vivre trois jours de plus dans ces conditions. Ne faudrait-il pas mieux crever de plaisir, en jouissant des derniers bonheurs de la vie ? Mais qu’elle est cette société barbare qui laisse mourir ses vieux dans l’indifférence ? Société déshumanisée ? Honte sur vous, enfants qui abandonnez vos parents et les laissez mourir dans une indifférence criminelle !

La Vieillesse ,Tabou qui nous rappelle Nôtre Finitude.

Quelle corvée d’accompagner ses parents vers la mort… de les soutenir, de les bercer, de les laver comme ils l’ont fait lors de notre enfance, de les rassurer quand à «l’après», alors qu’on ne sait pas nous-même ce qu’il y a «après». En Afrique, on a la foi. On croit en Allah. On est persuadé que si l’on a été un bon croyant, il y a peu à craindre. En Occident, il y a une perte de repères, de foi, et moins en moins de croyants. On refoule tout. Et puis avant de mourir, c’est un peu la panique… On s’est dit athée pendant toute une vie, mais finalement ce serait mieux si Dieu et les gens que l’on aime nous attendaient derrière ce long tunnel illuminé.

Peur de la mort donc… Se confronter à leur vieillesse, à leur maladie, à leur finitude, c’est réaliser soi-même que l’on n’est pas éternel. Il est plus rassurant de fuir, plus facile de refouler, plus lâche de s’aveugler. Cette réalité, cette confrontation directe à la mort est tout à coup trop concrète et violente. Elle nous freine dans notre course effrénée contre le temps. Elle nous extirpe de cette rassurante société de consommation. Elle nous fait réaliser que les biens matériels de cette société capitaliste n’apaisent, guère notre crainte de mourir. La consommation est reine. Elle fait tout oublier. Elle anesthésie nos craintes. Remplace les sentiments et la foi. Elle est concrète. Elle est jouissance de l’instant présent. Réaliser que l’on va mourir, c’est savoir à quel point cette société de consommation et ces biens qui nous font jouir un fugace instant ne servent à rien. Poussière, illusion de richesse.

Société de dégénérés effrayée, terrassée par un simple mot : vieillesse. Société matérialiste et athée oublieuse de valeur spirituelle et de liens familiaux. Société d’accumulations et de jouissances factices offrant un éphémère bonheur.

Société où l’on peut mourir entouré de plein de «choses» et de peu de gens, tandis qu’en Afrique il est plus courant de mourir sans toutes ces «choses» mais entourés de beaucoup d’amour. Comment préférez-vous mourir ? Seul, riche et lifté ? N’est-t’il pas plus rassurant de faire rimer vieillesse avec sagesse ?

L'Afrique quand Vieillesse rime avec Sagesse
Tag(s) : #Afrique le Respect des Anciens

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